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L'abbaye Notre Dame de
Morimond, Morimondus, était la quatrième
fille de Citeaux, devenue chef-d'ordre sous la dépendance
de la grande famille de St Benoît. Elle se trouvait située
dans une vallée assez étroite au pays du Bassigny,
sur les confins de la Champagne et de la Lorraine, à la
frontière du nord-est du diocèse de Langres au
doyenné d'Is, et près des limites des diocèses
de Besançon et de Toul. Ce monastère appelé
Morimond, de Mori mundo, mourir au monde, fut fondé
le 11 de juillet de l'an 1115 par Odolric ou Ulric d'Aigremont,
seigneur de Choiseul et Adeline son épouse, qui abandonnèrent
pour cet établissement des biens considérables
qu'ils possédaient à Clefmont, Choiseul, Nogent,
Meuse et autres lieux. Odolric était fils de Geoffroy
d'Aigremont, l'un des braves croisés qui, sous la conduite
de Godefroi de Bouillon, s'emparèrent de Nicée
en 1097. Ce seigneur mourut la même année des blessures
qu'il avait reçues dans un autre combat contre les infidèles.
Les seigneurs de Choiseul, de Nogent, de Meuse et plusieurs autres
des environs contribuèrent aussi à cet établissement.
La charte de fondation qui est de l'an 1126, mentionne parmi
les témoins de l'acte, après les noms des fondateurs
et de leurs fils : Odolric de Provenchère, Gérard
de Dammartin, Hugues de Meuse, Arlebaud de Varennes, Rocelin
de Bourbonne, Richard, fermier de Fresnoy; puis Thibaut, prêtre
décimateur de Fresnoy, Guy de Fresnoy et Conon, frère
d'Odolric. On voyait à Morimond les tombeaux des seigneurs
d'Aigremont et de Choiseul, fondateurs, ainsi que des seigneurs
de Frenay, Maulain, Bourmont, Grancey, Bourbonne, Clefmont, Oiselet,
Beaufremont, Ray, Salins, Montferrant, etc.
Près de trois cent monastères d'hommes et de femmes,
dit l'historien Dubois, reconnaissaient Morimond pour leur mère,
et l'abbé était supérieur immédiat
de cinq ordres militaires établis en Espagne et en Portugal,
savoir : d'Alcantara, de Calatrava, de Mostène, d'Avis
et de Christ. L'abbaye n'a jamais été mise en commende.
L'abbé de Morimond, qui avait titre de Grand d'Espagne
de première classe, était élu par les religieux,
et son élection était confirmée par le pape
sur la nomination du roi. Les principales bulles des souverains
pontifes, en faveur de Morimond, sont :
1- celle d'Eugène III en 1147, qui confirme les donations
faites aux moines sur les terres de Vaudinvilliers, Morvaux,
Septfontaines, Bolme, les Gouttes, Anglicourt, Andegavre, Meuvy,
Bourmont, Romain, etc.
2-celle d'Alexandre III de l'an 1160, qui ratifie les donations
faites aux moines sur les territoires de Doncourt, Villercourt,
Bourg Se Marie, Clinchamp, Chalvraines, Dambalin, Breuvannes,
Léniseul, Damphal, Rangecourt, etc.
3- celle de Grégoire IX de l'an 1236, qui proclame les
moines exempts de l'obligation de payer des dîmes, à
decimis immunes.
4- celle d'Alexandre IV de l'an 1260, qui confère à
l'abbé de Morimond le pouvoir de donner les ordres mineurs
et de bénir les ornements sacerdotaux.
L'église abbatiale était belle et grande. Le choeur
avait une magnifique couronne de fer, du poids d'environ 12000
livres et qui passait pour un monument d'art. C'est pour cette
raison qu'on hésita de la vendre en 1791 ; mais nous ignorons
si l'on fut aussi scrupuleux en 1793. L'abbaye de Morimond était
taxée de 1400 florins en cour de Rome et valait 25000
livres à l'époque de la révolution, non
compris la mense conventuelle. En 1790, les revenus des deux
menses, abbatiale et conventuelle, s'élevaient à
66053 livres, 43 sous, 6 deniers, et les charges n'étaient
que de 10839 livres, 16 sous, 10 deniers; l'abbaye avait donc
un revenu net de 55213 livres, 6 sous, 8 deniers. La mense conventuelle
seule était en 1730 de 15000 livres. Vers le même
temps l'historien Baugier porte également à 15000
livre les revenus de la mense abbatiale. L'histoire de l'abbaye
de Morimond a été donnée au public en ces
derniers temps par l'abbé Dubois, prêtre du diocèse
de Langres, incorporé à celui de Dijon.
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