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A Bourdons
sur Rognon, en contrebas de la butte boisée du Châtelet,
se dresse l'ancien couvent de la Purification de Notre Dame,
ou abbaye de La Crête. Son nom La Crête, en latin
Christa, vient du mot Christ. Fondée en 1121 par les seigneurs
de Clefmont, elle fut dévastée par les Suédois
et reconstruite au XVIII è siècle, puis à
nouveau détruite en partie en 1792, date à laquelle
les quelques maisons bâties près du monastère
formèrent le village de La Crête qui n'existe plus
aujourd'hui. Ce hameau était parait-il au commencement,
au XII ième siècle une espèce d'ermitage
ou de prieuré, où les religieux essayèrent
d'abord de s'établir vers 1118, à leur départ
de Morimond. Mais rien ne prouve qu'il y ait eut en ce lieu,
comme plusieurs l'ont avancé, un ancien couvent de Hiéronymites,
bâti par St Fulgence, disciple de St Jérôme.
C'est une pure fiction inventée par quelques moines de
La Crête. Le site actuel de l'abbaye comprend le mur d'enceinte,
la porterie, des restes du palais abbatial, le pigeonnier et
l'ancien moulin.
Deuxième
fille de Morimond, l'abbaye de La Crête fut
fondée par le comte de Clefmont, au milieu des bois, dans
la vallée du Rognon. St Bernard fait mention de l'abbaye
de La Crête dans sa lettre 346, et le pape Innocent III
écrivit à son abbé contre certains hommes
téméraires qui en ville de Metz, travaillaient
à une traduction de la bible en langue vulgaire. Elle
prospéra rapidement et fonda quatre filiales : Saint-Benoît-en-Voivre,
au diocèse de Metz, en 1132, Vaux-en-Ornois, au diocèse
de Toul, en 1133, Feuillant au diocèse de Toulouse, en
1169, (qui devait se détacher de l'ordre de Citeaux pour
constituer une congrégation à part) et Matallana,
au diocèse de Palencia, en Espagne en 1174.
La seigneurie de Clefmont, désireuse d'avoir elle
aussi son couvent, lui avait offert le site d'une de ses vastes
forêts, en bordure de la rivière. Parmi les bienfaiteurs
de l'abbaye, il faut conter aussi l'évêque de Langres,
Guillenc d'Aigremont en 1135, et Milon seigneur de Chaumont en
1180, puis dans la suite plusieurs autre évêques
de Langres, et les seigneurs de Vignory, de Reynel, de Joinville,
de Nogent et d'Ecot.
La Crête, dont la fortune fut gênée
par l'installation de l'abbaye de Septfontaines, participa à
la mise en valeur du centre des plateaux haut-marnais et son
rôle ne fut pas négligeable. En 1224, elle demanda,
sans se soucier de la règle sistercienne, au comte de
Champagne, de répeter l'acte d'association qu'il avait
signer avec Septfontaines et de fonder un village sur le même
pied que Blancheville et Rochefort. En effet, La Crête
possédait un hameau qui touchait à Blancheville,
dont le nom de Vawre ne signifiait pas une particulière
richesse. Ce fut la naissance de Villeneuve-en-Vawre, devenu
plus tard Chantraines, la soeur jumelle de Blancheville. Les
droits du nouveau village étaient partagés entre
les deux fondateurs.
Les religieux de La Crête poursuivirent
l'élan donné par le comte de Champagne et installèrent
au portes même de leur monastère une petite usine
en même temps qu'une autre au village de Bourdons, plus
haut dans la vallée, créant ainsi, le long du Rognon
une nouvelle traînée de vie. De la foret de Mathons,
près de Joinville arrivait le fer : il était forgé
le long de la vallée du rognon à proximité
de l'abbaye et à Bourdons.
La maison gérait aussi, à Wassy,
une forge que lui avait cédée le comte de Champagne,
Henri I ier, dans le troisième quart du XII è siècle.
L'abbaye de La Crête, toujours braquée
sur sa voisine Septfontaines, en perpétuel conflit avec
elle sur la propriété de quelques fontaines que
les gardiens de troupeaux se disputaient, surveillait et jalousait
les fondations de granges faites par les autres abbayes. En 1181,
il intervint un accord entre les abbés de La Crête
et de Septfontaines, relativement à la garde des troupeaux
des deux abbayes dans les bois et les montagnes de Morteau. Des
limites furent tracées, et les frêres convers qui
auraient laissés les troupeaux passer outre, devaient
venir nu-pieds avouer leur faute devant la porte de l'abbaye
lésée, et passer un jour au pain et à l'eau,
après quoi ils s'en retournaient à leur propre
abbaye. De semblables conventions furent conclues à peu
près en même temps entre Morimond et La Crête,
entre Auberive et Longuay, etc...
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